Les Imaginaires Montréalais

Culture, Sensoriel

Les limites urbaines telles les autoroutes, voies ferrées et les viaducs créent des enclaves dans la ville qui entravent la mobilité piétonne.Les passages offerts aux promeneurs qui désirent franchir ces obstacles sont souvent perçus comme inhospitaliers. Pourtant, ces lieux de transit nous offrent des expériences autres de la ville puisqu’ils sont hors des logiques habituelles qui la régissent. Révélons la poésie de ces lieux; qu’ont-ils à nous transmettre ?

La réappropriation des espaces publics par les communautés fait maintenant parties des stratégies mise de l’avant par les villes afin de créer des quartiers à échelle plus humaine. Ces initiatives vise à favoriser la rétention des familles en milieu urbain. Tout récemment, l’arrondissement Ville-Marie a tenue une consultation publique sur l’aménagement et l’animation du dessous du viaduc Ville-Marie, dans le Faubourg Québec. Le projet-pilote doit se concrétiser à l’été 2013. Cet exemple démontre qu’une véritable réflexion est en court afin de récupérer ces espaces résiduels nés des grandes infrastructures routières qui parsèment nos villes.

Les Imaginaires Montréalais sont des installations littéraires, sonores et lumineuses qui prennent place dans 3 tunnels et sous 3 viaducs de Montréal. En investissant ces lieux délaissés, le projet permettra d’améliorer l’expérience sensible de nos traversées urbaines, d’utiliser les lieux de passages afin de créer des liens porteurs de sens entre les quartiers et d’imaginer, dans une vision plus large et à long terme, comment ces lieux peuvent être mieux aménagés afin de créer une ville à échelle humaine.

Plus précisément, un extrait littéraire a été choisi pour chacun de ces passages et sera mis en scène. Il fut sélectionné pour sa pertinence avec le lieu et les quartiers le bordant. Un travail sonore et lumineux accompagnera le texte afin de renforcer l’expérience du passant. L’intention est de combiner l’univers littéraire d’un auteur à la théâtralité des tunnels et des viaducs. Ainsi, les lieux ont été sélectionnés pour leur aspect inhospitalier, leurs propriétés architecturales (main-courante permettant un système d’accrochage, éclairage, etc.) ainsi que leur concordance avec la littérature d’ici. Les 6 lieux sélectionnés sont les tunnels Saint-Rémi, Atwater et Du Fort, ainsi que les viaducs ferroviaire Notre-Dame, Guy et Saint-Laurent.

Un tel projet pourrait facilement s’inscrire dans divers contextes tels que le Festival International de la Littérature qui se déroule chaque année en septembre. Ce festival vise à promouvoir la littérature francophone en la combinant souvent avec d’autres formes artistiques et n’hésite pas à investir les espaces publiques pour toucher son auditoire. Un autre festival s’intéresse au rapport entre les mots et la ville. Il s’agit de l’événement LIRE MTL qui se déroule au mois de mai et qui, chaque année, investit un quartier différent de Montréal en intégrant des œuvres littéraires directement dans l’espace urbain.

Cela n’est pas sans mentionner les efforts des diverses arrondissements de Montréal qui commencent à développer des projets d’aménagements de ces espaces résiduels. Les Imaginaires Montréalais, dans de tels contextes, peuvent être mis en place pour de brèves durées allant d’une semaine à 1 mois, voir plus si un entretien est prévu. En plus des 6 lieux présentement sélectionnés, le projet peut s’adapter à une multitude d’endroits puisque la ville regorge de ces espaces inhabités et froids qui ne demandent qu’à retrouver un peu de chaleur et de vie.

J’ai d’abord commencé à m’intéresser aux limites et aux frontières visibles et invisibles qui ratissent la ville. Quelles soient construites, historiques ou sociales, ces lignes de séparations sont des espaces de l’entre-deux où les règles se brouillent. C’est à dire qu’elles sont à la rencontre de deux écosystèmes urbains coexistant et en entravent la communication. Dans mes recherches, l’insatisfaction liée aux frontières physiques telles les autoroutes, les viaducs et les voies ferrées était maintes fois citée et décriée. Prenons en exemple toute la mobilisation citoyenne et politique qui s’organise, depuis maintenant quelques années, à propos de l’aménagement d’un passage à niveau sur la voie ferrée qui séparent le quartier Rosemont et le Mile-End. La place du piéton est de plus en plus questionnée dans nos villes, ce qui remet en question leur configuration actuelle. Conséquemment, la principale problématique relevée lors de mes recherche concerne la mobilité piétonne et tout l’aspect humain qui y est relié. Puisque j’en étais venue à considérer ces limites comme des espaces-frontières entres les quartiers, je me suis demandée de quelles manières elles permettaient (ou non) la communication de part et d’autre. Je me suis intéressée aux passages déjà aménagés dans ces limites, c’est-à dire les tunnels, les passages sous les viaducs, les passages à niveaux, etc. Je me suis vite rendu compte que ces lieux ne permettent pas une transition agréable entre les quartiers. Si vous parlez aux gens autour de vous, vous réaliserez rapidement que la majorité d’entres eux éprouvent de l’inconfort et/ou de l’insécurité en traversant un tunnel piéton ou en passant sous un viaduc. Ces lieux exacerbent notre anxiété et stimulent notre imaginaire de manière négative puisqu’ils sont conçus principalement à l’usage des voitures. Ils sont souvent sombres et mal entretenus. Les Imaginaires Montréalais ont pour principal objectif de renverser la perception négative de ces lieux de transit afin qu’ils stimulent positivement l’imaginaire. Ainsi, ces traversées qui agissent comme les moments charnières inconfortables de nos pèlerinages urbains seront transformées en moments/espaces où nous pourrons rêver la ville. Il a été clair très rapidement que j’arriverais à renverser l’expérience négative des tunnels en racontant une histoire; c’est-à-dire en créant un univers poétique qui allait transcender les lieux. Plusieurs projets et installations ont nourrit mon inspiration lors de la conceptualisation de mon projet. L’inclusion de textes dans l’espace publique est pour moi un excellent tremplin pour activer l’imagination des gens. Des projets comme ceux diffusés par Dare-Dare, qui permettent d'afficher de courts messages sur une enseigne lumineuse près du métro Saint-Laurent, sont une manière d’ajouter de la magie à des lieux qui sont dénudés de chaleur. Je voulais reproduire cela avec Les Imaginaires Montréalais: ajouter de la magie et de la poésie à des lieux délaissés. D’autres projets m’ont servis d’exemple à ne pas reproduire. Une installation lumineuse sous un viaduc d’Amsterdam intitulé Moodwall a pour objectif de rendre le lieu de passage plus sécurisant pour les piétons. En voulant jouer sur la perception des gens, ce projet rejoint mes objectifs. Par contre, l’installation n’a aucun discours ou contenu à livrer aux passants. Moi, je souhaite leur parler de leur quartier, de leur ville et c’est pour cette raison que j’ai choisi des extraits qui sont intimement liés aux lieux où ils seront intégrés.