Vivre le modernisme aujourd’hui

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Lieux choisis : infrastructures de béton situées à Montréal

Trois lieux, trois architectures, qui furent construites à l’époque moderniste des années 50-60. Autoroute surélevée, viaduc, échangeur futuriste, ces infrastructures d’un autre temps se trouvent au centre de débats actuels. Les démolir, les rénover, les repenser? Différentes options qui sont offertes à l’homme d’aujourd’hui. Ce projet vise à mettre en relief le contraste entre la pensée moderniste et les effets qu’elle a aujourd’hui sur notre expérience de la vie urbaine.

Les évènements proposés prennent place en dessous d’infrastructures modernistes, soit l’échangeur Turcot, l’autoroute Bonaventure et le viaduc Rosemont/van Horne. Construites dans les années 60, elles sont aujourd’hui en décrépitude et Montréal se retrouve dans l’urgence de les rénover, les détruire ou les repenser. Ce sont des œuvres architecturales monumentalement belles et affreuses à la fois, à l’historique riche, d’où leur intérêt comme lieux événementiels.

Vivre le modernisme aujourd’hui est une série de trois expériences immersives. Ces expériences visent à mettre en scène ces infrastructures pour renforcer leur monumentalité et inciter au débat citoyen sur leur avenir, tout en leur rendant hommage. Elles créent un dialogue symbolique entre le passé et le présent. Les interventions ne s’adressent pas qu’aux citoyens déjà sensibilisés au débat, mais bien à la population montréalaise en général. Le public cible sera composé de ceux qui se rendront sur place pour vivre l’expérience et de ceux qui en entendront parler à travers les médias.

Les trois évènements s’inscrivent dans des contextes différents. Le parcours immersif sous l’échangeur Turcot débuterait avec le festival Lire Montréal qui cherche pour son édition 2013 à faire une relecture architectural de cette infrastructure. Ensuite, avec l’annonce par le gouvernement Marois de la destruction prochaine de l’échangeur, il serait intéressant de poursuivre l’évènement jusqu’à la mort symbolique de Turcot, en 2017.

En ce qui concerne l’autoroute Bonaventure, l’intervention s’inscrirait dans le cadre d’une série de conférences sur la sauvegarde de notre patrimoine moderne en partenariat avec l’organisme Do.co.mo.mo, ou encore dans le cadre des lectures Échanges Urbains diffusées par le Musée McCord en partenariat avec Héritage Montréal. Le plan de revitalisation de l’autoroute Bonaventure étant déjà amorcée, la durée de vie de cette intervention sera plus courte, mais tout aussi pertinente.

Enfin, pour le viaduc Rosemont/van Horne, il s’agit d’une transformation du lieu en drive-in, avec projections sur un pilier de l’infrastructure. L’événement proposé est un marathon d’une semaine des 6 films de Jacques Tati, à raison d’un film par soir.

L’échangeur Turcot, l’autoroute Bonaventure et le viaduc Rosemont/van Horne sont toutes des infrastructures modernes construites dans les années 50-60 qui se retrouvent dans l’urgence d’être rénovées, détruites ou repensées. Avec l’annonce de la destruction de l’échangeur Turcot prévue pour 2017, ainsi que le plan de revitalisation du secteur de l’autoroute Bonaventure déjà entamée, les évènements proposés cherchent à rendre un dernier hommage à ces monuments, afin de nous rappeler qu’ils ont autrefois contribués à la gloire de Montréal. En dessous de l’échangeur Turcot, le visiteur est convié à un parcours immersif avec les Hommes-béton qui lui permettra de mieux comprendre l’idéologie derrière cette infrastructure imposante. Les Hommes-béton, avec à leur tête le maire Jean Drapeau, sont représentés comme les fondateurs de cette infrastructure monumentale qui portent le poids de la modernité sur leurs épaules, mais également comme des fantômes du passé qui nous hantent aujourd’hui. Ainsi, l’intervention cherche à exprimer le contraste frappant entre l’idéologie moderniste et l’état de décrépitude des lieux, par une mise en scène illustrant l’optimisme et la gloire de Montréal à cette époque. Le visiteur est invité à se laisser submerger par les lieux grâce à un jeu de sons et de projections. Pendant qu’il déambule à travers les hommes-piliers, il comprendra peu à peu qui sont ces hommes et pourquoi ils sont là. Un à la suite de l’autre, les Hommes s’animeront et prononceront un discours inaugural, en rapport avec le mouvement moderne à Montréal, comme celui d’Expo 67 ou encore celui des Jeux Olympiques de 76. La Cérémonie à Saint-Bonaventure est une mise en scène visuelle et sonore qui cherche à transformer le dessous de l’autoroute Bonaventure en cathédrale. L’intervention pousse l’analogie entre l’architecture moderne et religieuse au niveau de l’expérience sensorielle et cherche à mettre de l’avant l’aspect esthétique et monumental de l’architecture brutaliste (moderne), en contraste avec la façon dont elle est vécue, soit grise et écrasante. La mise en scène s’inspire du « beautiful brutalism », concept qui cherche à révéler le beau côté de cette architecture mal-aimée. Le visiteur est ainsi convié à redécouvrir ce lieu en assistant à des conférences ou des lectures portant sur l’architecture moderne et l’avenir de Montréal dans une mise en scène religieuse, afin d’illustrer qu’il est difficile de se rappeler la vénération dont faisait autrefois l’objet le modernisme. L’intervention joue sur l’ironie de la mise en scène de vénération dans un lieu de culte en ruine. A son arrivée, le visiteur entendra des chants religieux qui l’introduiront à l’univers cérémonial. Par la suite, il pourra s’assoir sur un banc d’église afin d’écouter et de participer au débat. L’intervention en dessous du viaduc Rosemont/van Horne joue également avec l’ironie pour faire une critique du mouvement moderne. Il s’agit d’un aménagement d’une section du viaduc en drive-in, dans lequel sera présenté les films de Jacques Tati, tel Trafic, ou encore Playtime. L’évènement cherche à présenter le drive-in comme un usage fonctionnaliste auquel les Hommes-béton, tel le Corbusier, n’auraient pas pensé, dans l’idée qu’il est tout à fait possible de se récréer et de circuler avec les mêmes infrastructures. Des carcasses de voitures (sièges et pare-brise seulement) seront à la disposition des visiteurs, afin qu’ils se les approprient à leur façon pour assister à la représentation. J’ai choisi l’œuvre de Jacques Tati car ces films se moquent de la modernité et la remettent en question. Ultimement, l’ensemble des interventions cherche à créer un dialogue entre le passé et le présent afin d’ouvrir le débat sur l’avenir de notre patrimoine moderne montréalais. Le but est aussi d’apprendre de nos erreurs en tant que société, afin que les générations futures prennent de meilleures décisions. L’annonce d’un nouvel échangeur aérien pour remplacer l’échangeur Turcot démontre que notre société a un grand besoin d’interventions comme celles-ci.