Re-Public, objets générateurs d’appropriation

Non classé

Re-Public œuvre pour une définition sensible du lieu public. Nous partons de l’idée qu’un lieu atteint son degré d’utilisation optimale en passant par une obligatoire et évidente phase d’appropriation. Nous croyons en un objet qui se laisse faire, qui deviendrait ainsi véritable orchestration de l’espace. Nous défendons l’espace perméable à son utilisateur, qui ne peut se définir qu’à travers la façon dont celui-ci s’en empare.

— projet réalisé en collaboration avec Xavier Coulombe-Murray —

Le projet Re-Public vise clairement à générer une appropriation accrue et facilitée du domaine public. Par son caractère citoyen et participatif, il s’inscrit dans la politique globale de Montréal, qui cherche à vitaliser toujours davantage ses quartiers. Nous envisageons une première installation de nos modules dans le Champ des possibles, tant pour l’esthétique de ce lieu, dont l’aspect naturel contrebalancerait la rigueur formelle de notre projet, que pour le public auquel il serait confronté.

Le Champ des Possibles est à la fois espace urbain et espace sauvage. C’est cette tension qui nous intéresse, et nous fait croire que notre projet s’y inscrirait parfaitement. Les modules que nous proposons, visuellement simples, colorés, presque épurés et pourtant visibles, viendraient s’associer à la flore du Champ, pour mieux encore la mettre en valeur. C’est parce que nous amenons un objet curieux, un peu hors contexte, que la cohérence éclot de cette association. En découle un dialogue entre design et nature, où les objets mettent en lumière la biodiversité du terrain, et vice-versa. Le mandat même du Champ des Possibles est de dynamiser un lopin de terre, entre le Mile-End et les rails de la Canadian Pacific ; il est une friche en quête perpétuelle d’occupants, un terrain de récréation et d’expression artistique, loin des axes bruyants.

Nous projetons une seconde vie au projet en le déposant dans des ruelles, espaces ambigus, publics mais témoins d’une certaine vie privée. Très urbaines et cependant un peu en marge, terrains à investir en pleine ville, habitées mais pas optimisées, les modules Re-Public constituent un atout pour la vie de quartier, deviennent de nouveaux pôles d’intérêt, de détente et de rencontres.

Les créations Re-Public sont conçues comme intrigantes pour attiser la curiosité, et suffisamment évidentes pour générer l’utilisation. Pour que ce processus s’applique, nous proposons un système d’objets manipulables et déplaçables, dont l’action humaine va dicter la fonction… Son utilisateur est un passant lambda, un flâneur curieux, un citadin qui désire prendre le temps d’appréhender l’espace dans lequel il évolue. Afin que l’interaction s’opère et que le projet rencontre son public, nous envisageons une installation pendant la période estivale, de mai à septembre 2014.

Re-Public, c’est tout d’abord la res-publica, la chose publique. Re-Public devient porte-parole d’un re-tour de l’espace public, au public. Une re-appropriation accrue grâce à une réflexion menée sur ce sujet, et aux créations qui en découlent. En questionnant les usages au sein de l’espace public, les actions, les positions adoptées par les usagés ; en observant, en pointant des espaces non-fonctionnels, mais aussi en découvrant certains qui l’étaient malgré eux, le projet s’est orienté vers la création d’un objet ambigu. C’est cet objet, ainsi placé au sein du domaine public, qui une fois activé par l’action humaine devient porteur d’appropriation. L’idée est de créer un objet un peu curieux, qui fait référence mais qui ne cite jamais vraiment. Il s’agit de susciter l’appropriation en invitant à l’interaction. L’action une : regarder, appréhender, comprendre. L’action deux : manipuler, modifier, construire. L’action trois : s’installer et y évoluer… peut-être pour mieux revenir à la deuxième action ! Objet archétypal, objet d’appropriation malgré lui, l’escalier constitue une référence tant en terme de forme que d’usage. Il est conçu pour monter, mais dans l’espace public il est bien souvent support aux conversations, aux moments de pause… il n’est pas rare de le voir transformer en véritable divan à échelle de la ville. L’escalier devient ici objet autonome, et ne trouve sa fonction qu’à travers l’action de l’utilisateur. Sa fonction est volontairement floue, sa forme fait référence à des choses connues sans leur ressembler véritablement… Re-Public brouille les pistes pour mieux venir chercher, attise la curiosité pour générer l’approche. Les objets Re-Public sont des modules, un système qui se décline en quatre. Le premier, ajouré, double face, ne trouve la multiplicité de ses utilisations qu’en association avec les autres. Ceux-ci, plus petits, pleins, viennent s’y adjoindre afin de constituer différentes compositions, selon la volonté de l’utilisateur. Ils sont percés de poignées, disposées sur toutes les faces, de façon presque aléatoires ; elles deviennent ainsi le code visuel qui signifie leur mobilité. Nous créons un objet-événement, en ce sens nous refusons la grandiloquence qui pourrait s’y associer. Nous défendons un objet dont l’appréhension et l’utilisation constituent en elles-mêmes des événements, aussi infinitésimaux soient-ils. Nous ne prévoyons donc qu’un système d’affichage aux abords de son installation, comme un signal. Les objets Re-Public résonnent comme un appel, un élément curieux au sein de l’espace public, qui invite sans jamais le formuler vraiment.