RIP.fm

Alternatif, Appropriation, Culture, Expérience collective, Multimédia, Virtuel

Les rassemblements, comme marqueurs d’identité, sont de multiples natures. En ce sens, la musique est assurément un mode d’expression fédérateur et universel. Par le moyen d’une radio web, RIP.fm propose une plateforme alternative de mise en scène du fait musical montréalais alors que la ville entière devient son studio d’enregistrement. L’intention est de donner la possibilité à des artistes du son d’investir des lieux inhabituels et offrir des occasions de ralliement autour de ces prestations urbaines, en direct ou sur les ondes. Une radio pirate pour redonner l’espace médiatique à la rue.

Festivals, cirques internationaux, boîtes de design réputées, théâtres, bands à l’affiche, bars crasseux, salles de spectacles… Montréal en 2013 est une constellation de lieux et d’événements culturels. Toutefois, ces espaces de représentations et de diffusions, bien que diversifiés et efficaces, demeurent pour la vaste majorité des lieux privatisés. Citons par exemple le Quartier des spectacles qui l’été devient un quadrilatère largement commandité.

On comprend que l’organisation d’un spectacle extérieur demande efforts et investissements financiers. C’est pourquoi en réponse, RIP.fm propose un système d’occupation médiatique léger et spontané. Une radio itinérante qui va à la rencontre du lieu public.

Par un dispositif de micros et lumières sur pied simple et rapide à mettre en place, le projet s’invite dans la ville pour offrir des occasions privilégiées. Les Montréalais sont d’ailleurs très friands de ces événements spéciaux inopinés. RIP.fm s’adresse donc principalement aux auditeurs à l’affut des groupes émergents et gourmands d’actualités culturelles. Qui sait, peut-être y aura-t-il aussi de grosses pointures. Mais il faudra se tenir en alerte. Pirate, sa programmation sera dévoilée aux membres par messagerie la journée même.

Le projet vise à s’associer avec des partenaires culturels qui ont au cœur de leur préoccupation la présence et la diffusion de la scène locale. Par exemple, des promoteurs indépendants tel que Blue Sky Turn Black ou des publications alternatives comme VICE magazine seraient des collaborateurs naturels. Le concept pourrait parallèlement se joindre à la programmation de centre d’artistes comme Dare Dare ou de festivals tels que Vue sur la relève, Pop Montréal ou l’OFF festival de jazz. Tous y trouveraient un moyen efficace pour élargir les frontières de leurs cadres de représentations respectifs.

Car c’est bien là l’objectif principal du projet : donner l’occasion aux différents artistes et intervenants de la scène musicale montréalaise de s’approprier leur ville.

Vice – Practice Space

Offshore radios

Street drumming

DIY et direct to fan = deux alternatives

Initialement, la problématique mise en examen interrogeait le rapport entre espace privé et domaine public. Suite aux nombreuses recherches et observations, ce thème éminemment vaste s'est précisé sur la question du rassemblement dans l'espace public. De fait, Montréal a une très longue tradition de grands rassemblements et ceux-ci ont assurément marqué notre histoire collective. Notre prémisse a été qu'ils sont des événements constitutifs de société. De la publication en trois livrets thématiques (sport, culture et politique) qui a résulté, des actions étaient à prendre. Designer d'événements, la commande demandait une intervention qui «se penche sur ce qui constitue le domaine public et les usages qui le composent, qui y sont permis ou non.» Ceci sous-entend évidemment plusieurs problématiques : le lieu, son cadre bâti, son quartier, sa fréquentation, son utilisation, ses connotations... sans perdre de vue le rapport à la temporalité. Mon intention a donc été de proposer un dispositif d'occupation et de réappropriation de l'espace public par l'entremise d'un moyen médiatique, la radio. Elle qui depuis sa création a rassemblé les gens autour de la musique. Situées en haute mer, l'exemple des radios pirates européennes est encore plus pertinent dans la mesure où elles étaient toujours en mouvement pour diffuser leurs contenus à l'époque jugés transgressifs. Par mimétisme, mon système d'intervention se transporte aux quatre coins de la ville au moyen d'un «road case» qui se veut quelque peu l'équivalent d'un esquif pirate. À l'intérieur, le dispositif radiophonique se décline par huit tiges verticales qui donnent supports aux micros, lumières et signalétiques nécessaires. Une fois sur le lieu, il s'agit de déployer tous ces outils selon sa topographie. Modulaires, les configurations dans l'espace sont multiples. Ces mises en espace servent également à donner scène aux artistes car la verticalité de l'ensemble délimite explicitement une frontière artiste/auditeur. Léger, simple et rapide à mettre en place, le dispositif peut s’installer au cœur de n’importe quel espace public afin d'offrir un cadre médiatique qui justifie sa prise de possession. RIP.fm (Radio Intinérante Ponctuelle) est donc essentiellement un système itinérant de captation audio rediffusé sur plateforme web, en direct de Montréal. Le scénario d'usage mise sur la surprise et la spontanéité. Ponctuelle, sa programmation n'est pas continue et le dévoilement de son horaire joue sur cet élément distinctif. À titre d'exemple, on peut imaginer que les prestations soient annoncées la journée même via un message Facebook à tous ses abonnés. Que l’événement ait été confirmé deux mois d’avance ou le matin même, l’idée est de garder un certain suspense. Un peu à la manière des raves qui autrefois donnait l'information de leur emplacement sur boîte vocale seulement 24 h à l'avance. Parallèlement, pour favoriser l’accessibilité, des bornes d’écoutes urbaines au design analogue et reconnaissable pourraient éventuellement ponctuer le tissu urbain. Soyez aux aguets !